Histoire du Design

12 Partie 3 – A : L’Art Déco, enfant de l’Art Nouveau (1920 – 1939)

L’Art Déco est un style décoratif international apparu à Paris dans les années 1920. Son appellation provient de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925 à Paris. Considéré comme la relève de l’Art Nouveau, l’Art Déco s’inspire en réalité de nombreux mouvements et des civilisations anciennes (égyptienne, aztèque, Antiquité classique), des formes géométriques cubistes, des motifs abstraits (chevrons, zigzags, soleil rayonnant)…

Il se traduit par un idéal de perfection artisanale et l’emploi de matières luxueuses : cuir, nacre, bois exotiques (acajou, ébène, ivoire, galuchat..). Ce style reposait principalement sur des commandes de riches particuliers, et sera réfractaire à la production industrielle. Il connaitra donc une existence éphémère.

Les figures majeures de ce style comptent Jacques-Emile Ruhlmann, René Lalique, ainsi que des architectes modernistes comme Eileen Gray, Pierre Chareau et Robert Mallet-Stevens. Même Le Corbusier ou Jean Prouvé ont pu être inspirés par la somptuosité du style Art Déco.

Ce style s’exportera très bien aux Etats-Unis, où il prendra le nom de style Streamline avec les meubles Skyscraper de Paul T. Frankl, ou le Chrysler Building de William van Alen à New York. Il s’illustrera en Angleterre avec Wells Coates, et dans les cinémas de la société Odéon. Evoquant le rêve hollywoodien, ce style généralisera le recours à la bakélite, un ancêtre du plastique peu onéreux et facile à mouler, et tombera en désuétude avec la production d’objets toujours plus kitsch. Style de l’exubérance, l’Art Déco connaitra un regain d’intérêt après la seconde GM auprès des collectionneurs, et avec des designers comme Robert Venturi ou Charles Jenck

Le mobilier Art Déco témoignait d’une forte variété d’approches. En France, L’ébéniste Jacques-Emile Ruhlmann créait des pièces délicates en bois exotiques, mêlant les traditions luxueuses du XVIIIème siècle français avec une modernité douce et raffinée. Les milliers de visiteurs de l’Exposition international des Arts Décoratifs furent captivés par son luxueux pavillon, l’Hôtel du Collectioneur. Artisans hautement qualifiés, pièces uniques ou limitées, matériaux rares et chers (placages en macassar et amarante incrustés d’écaille de tortue) témoignaient de la réputation de Ruhlmann et de la France pour la production de luxe.

Le travail de la céramique est emblématique de l’Art Déco en raison des possibilités de couleurs, de forme et de motifs qu’elle permet. On peut retenir la collection suédoise Argenta et ses créations inspirées de l’Art Nouveau, la céramiste britannique Susie Cooper et ses motifs abstraits modernistes, René Buthaud et ses lignes aérodynamiques, ou encore Clarice Cliff qui conçut plus de 400 modèles de vaisselle peinte à la main avec un style hardi et des couleurs vives, à travers ses lignes nommées « Bizarre » ou « Fantasque ».

L’orfèvre danois Georg Jensen connut lui aussi un grand succès avec sa coutellerie simple et élégante, moderniste, qui est toujours produite de nos jours.

L’horlogerie Art Déco privilégiait les formes géométriques et abstraites, en réaction aux formes sinueuses de l’Art Nouveau. Jean Goulden conçut des pièces inspirées par le cubisme, d’autres designers avait recours à l’ornementation avec des statuettes féminines, des décors inspirés des temples antiques ou de l’égyptomanie. L’égyptomanie renvoie à l’intérêt pour l’art égyptien, il a eu une grande inspiration sur les couturiers et designers Art Déco suite à la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922 par l’archéologue Howard Carter.

Avec leurs somptueux bijoux incrustés de pierres précieuses, les joailliers français occupaient le devant de la scène de l’art déco, tels Cartier, Van Cleef & Arpels, Boucheron ou Coco Chanel qui lança ses bijoux fantaisies dans les années 1920.

La verrerie, très en vogue à l’époque Art Nouveau, continua son essor ; à l’instar de René Jules Lalique, joailler majeur de l’Art Nouveau, il mena une seconde carrière comm maitre verrier qui contribua à définir le style Art Déco. Si les motifs fluides perduraient, des formes modernes firent leur apparition, avec des pièces massives aux motifs stylisés, inspirés de la nature.

Les tissus d’artistes de l’époque Art Déco reprenaient les thèmes de la nature, fleurs et feuilles stylisées, et les couleurs vives comme les roses profonds, orange, bleu lavande… Les français montrèrent la voix avant la Première Guerre Mondiale avec l’atelier Martine du couturier français Paul Poiret puis les artistes et grands coloristes tels Henri Matisse ou Raoul Dufy, ou encore le couple Robert et Sonia Delaunay, dont les vibrants textiles basés sur des aplats de couleurs furent un tremplin pour l’art abstrait.

Enfin pour synthétiser le style Art Déco, on peut évoquer la façade du théâtre des Folies Bergère à Paris. Elle est ornée d’un grand bas relief de Maurice Picaud (connu sous le nom Pico) représentant la danseuse russe Lila Nikolska qui produisait alors aux Folies Bergère. Le traitement lisse et glamour de sa silhouette, les enfilades de rectanges, les courbes évocatrices de nuages, le puissant rayonnement solaire et le tout couvert de feuilles d’or constituent la quintessence du style de décoration Art Déco.

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