Histoire du Design

Partie 2 – B : Le Jugendstil allemand et la Sécession viennoise (1880-1910)

En Allemagne et en Autriche, l’Art Nouveau était plus géométrique, plus symétrique, avec des motifs rectilignes. On parle de Jugendstil en Allemagne, et de Sécession en Autriche et dans tout l’empire austro-hongrois. Leur idéal de mode de vie plus simple et moins mercantile les distinguent des autres représentants du style Art Nouveau européen. La Sécession viennoise, fondée entre autres par Gustav Klimt, rejetait également l’historicisme et l’establishment viennois ; sa devise était : « A chaque âge son art, à chaque art sa liberté ».

Jugendstil et Sécession combinent optimisme juvénile et vénération de la nature (motifs végétaux issus de la science naturelle). Ils expriment aussi la volonté de combler le fossé entre artisanat d’art et fabrication industrielle, et s’inscrivent en réaction face aux objets de décoration français et au style pompeux qui dominent le marché.

Par exemple, le mobilier Sécession s’éloigne des courbes sinueuses de l’Art Nouveau pour une approche plus linéaire, souvent épurée et sans ornementations. Les grands designers de mobilier Sécession Josef Hoffmann et Joseph Maria Olbrich optaient pour des matériaux non traditionnels comme l’hêtre courbé ou l’aluminium combinés avec du bois noirci et du laiton.

Les designers de la sécession connurent aussi un vif succès avec leurs pièces en métal martelé, ornementés de bas-relief, combinant formes géométriques, courbes gracieuses et motifs floraux. La maison WMF, pour Wurttembergische Metallwarenfabrik, spécialisée dans les arts de la table, réalisait des pièces en étain ou métal argenté de superbe facture. Sous la direction du sculpteur allemand Albert Mayer, la WMF présentait ses pièces dans d’élégants catalogues multilingues, qui favorisaient leur diffusion dans toute l’Europe.

Il ne faut toutefois pas réduire ces deux mouvements à un Art Nouveau qui serait simplement sobre et épuré, l’essence du Jugendstil et de la Sécession était aussi un fort idéal de liberté et de modernité. Ceci est parfaitement illustré par la construction en 1907 de l’Eglise de Steinhof, à Vienne. Réalisée par l’architecte Otto Wagner, chantre de la modernité et de l’architecture décorative, l’église est coiffée d’un dôme en cuivre doré, ses murs revêtus de carreaux de marbre blanc fixés par des rivets apparents, et décorée par des anges, croix et gerbes de fleurs en cuivre doré, ainsi que des mosaïques et vitraux du designer viennois Koloman Moser. Une étonnante modernité pour l’époque.

Il faut enfin s’attarder sur l’un des plus grands noms et membres fondateurs de la Sécession, Josef Hoffman. Il s’illustra dans le mobilier, l’architecture, le verre, le textile… et développa une esthétique simple à la géométrie singulière, le Quadratstil (style carré). Son influence cubiste et géométrique doit beaucoup au groupe des « quatre » de l’école de Glasgow : le couple Margaret MacDonald Mackintosh – Charles Rennie Mackintosh et le couple Frances MacDonald – James Herbert MacNair qui participèrent à la 8ème exposition de la Sécession viennoise en 1900. Hoffman comme Mackintosh eurent une influence durable sur le 20ème siècle, et certaines de leurs pièces sont encore diffusées de nos jours par l’entreprise italienne Alessi.

A la suite de ces mouvements Jugendstil et Sécession, des atelier d’arts appliqués réunissant des architectes, artistes et designers, à la manière des guildes d’artisans de Morris, ont vu le jour en Autriche et en Allemagne. Le Wiener Werkstätte, fondé en 1903 à Vienne par Josef Hoffman et Koloman Moser, dont la devise était : « Mieux vaut travailler dix jours sur un objet que produire dix objets en un jour » s’illustra notamment par le palais Stoclet de Bruxelles, représentatif du concept d’œuvre d’art totale (Gesamtkunstwerk).

En Allemagne sont notamment créés les ateliers Vereinigten Werkstätten für Kunst im Handwerk à Munich et Deutsche Werkstätten Hellerau à Dresde, qui oeuvrent à fabriquer des objets et ustensiles domestiques de bonne qualité.

Les ateliers de Dresde sont fondées, entre autres, par Peter Behrens. Behrens abandonnera rapidement le Jugendstil au profit d’une architecture plus rationnelle, d’un design fait de composants standards interchangeables, afin de rationaliser les méthodes de production. Il sera un des fondateurs du Deutsche Werkbund et créera une agence d’architecture célèbre, collaborant avec Gropius, Mies van der Rohe et Le Corbusier. Il s’inspirera ensuite du style international. Behrens a été le praticien allemand le plus influent du XXème siècle et aura un impact énorme sur le modernisme. 

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